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:: Le blé premier OGM ? ::

Mon ancêtre s'appelait l'Aegylopse !  

Le blé n'est pas une plante spontanée comme on pourrait le croire ! Bon comme du pain, on pourrait dire aussi, trafiqué comme du pain, et ce depuis longtemps, cette Plante hexaploïde à 42 chromosomes, n'est en rien le produit d'une évolution "naturelle".
Ainsi, il y a encore 12 000 ans, le blé n'existait pas. Aucune trace sur terre. Or, 2 000 ans plus tard, il y a environ 10 000 ans, le blé tel que nous le connaissons est largement cultivé au Moyen Orient et ne va pas tarder à l'être en Egypte.

Nous savons aujourd'hui que ce bienfait de la nature, est issu d'une plante sauvage. L'Aegylopse pousse toujours, on la rencontre un peu partout au… Moyen Orient. Sorte de grande céréale particulièrement rustique mais fort peu productive, à un rang de grains. Et classée dans la catégorie des plantes diploïdes à 14 chromosomes. Voici l'ancêtre de notre blé, tel qu'il fut identifié tout naturellement par les botanistes, sans que l'on se pose trop de questions sur les conditions qui avaient conduit à son évolution. Jusqu'au jour où un laboratoire entreprit de reproduire, à partir du plant original, le processus de cette transformation.

Honneur à la recherche française, au CNRA de Versailles (devenu INRA), et au laboratoire de M. Bustaret, où M. Jolivet décida d'entreprendre la synthèse du blé à partir de l'Aegylopse. Recherche qui lui prit tout de même près de vingt ans.

Ceci a permis de montrer que cette plante artificielle était le produit d'une manipulation génétique extrêmement sophistiquée. Que seuls nos laboratoires modernes, avec les connaissances actuelles et une technologie de pointe étaient à même de mener à bien. Jugez-en plutôt.

 La manipulation a consisté à augmenter le taux de ploïdie de l'Aegylopse et de la faire passer du stade diploïde au stade hexaploïde. Rien de plus simple, à condition de suivre scrupuleusement le processus qui convient.

  • 1ère opération : Dédoublage du capital chromosomique par traitement à la colchicine. Pour passer du stade diploïde (14 chromosomes) au stade tétraploïde (28 chromosomes)
  • 2ème opération : Croisement de plantes diploïdes et de plantes tétraploïdes. Parmi la quantité de leurs produits, on obtient des sujets diploïdes, d'autres tétraploïdes et quelques plants triploïdes (21 chromosomes). Bien entendu, la sélection ne se fait pas à l'œil nu.
  • 3ème opération : dédoublage des sujets triploïdes à la colchicine pour obtenir des plants hexaploïdes (42 chromosomes).

Nous voici parvenus devant la reproduction de notre blé moderne, en tous points comparable à nos variétés cultivées. Sauf que l'on est obligé de convenir que cela ne risque pas d'être le produit du hasard. Encore moins le résultat d'un bricolage décidé au fond d'une hutte de paille. Et tout à coup, l'interrogation se pose, avec une acuité stupéfiante : Que c'est-il donc passé il y a 10 000 ans, du côté de ce Moyen Orient où l'agriculture a été inventée avec l'apparition de notre plante nourricière. L'ancêtre du professeur Jolivet s'appelait-il Cerès ? Le Dieu à qui les Grecs attribuent l'invention de cette plante ? son laboratoire ne doit pas manquer d'intérêt.

Il faut savoir que depuis ces temps anciens, nos blés avaient largement dégénéré (et oui, eux aussi), et surtout, devenaient de moins en moins résistants aux maladies. Aussi, si le blé de nos chercheurs n'a pas été directement commercialisé, il a servi et sert encore, à de nombreux sélectionneurs de semences comme géniteur pour introduire des gènes de résistance au froid ou aux maladies cryptogamiques. Et cela dans des millions de variétés cultivées. A noter que le blé retrouvé dans les sépulture égyptiennes a servi lui aussi à régénérer les espèces modernes.

Petite histoire: Blé des pharaons, des formes branchues, connues dans l'Antiquité sous le nom de triticum ramosum, ont plusieurs fois été diffusées comme blé miracle, car on pensait qu'ils étaient plus productifs, ce qui est faux. Au XIXe siècle, de tels blés spectaculaires ont été diffusés comme blé des pharaons, supposés avoir germé après être retrouvés dans les tombes pharaoniques. Ces blés n'étaient en fait que des variétés locales égyptiennes contemporaines. La longévité des grains de blé en conditions normales ne dépasse pas vingt ans. Mais les archéologues aristocrates et néanmoins amateurs du XIXe siècle désiraient tellement que les blés de leurs fouilles germent qu'ils ont pu effectivement germer par l'entremise zélée de leurs aides égyptiens ou de leurs jardiniers.

Blé poulard: Le poulard est cultivé en Afrique du Nord, dans le sud de l'Europe, au sud de l'Angleterre, au Proche-Orient, en Irak, en Iran et au Pakistan. En France, il l'était naguère dans le Massif central. L'auteur d'Harry Potter a choisi ce nom dans l'espoir de se faire du blé

Osiris: L'épi de blé est l'un des emblèmes du dieu des Egyptiens Osiris, ressuscité après avoir été tué et jeté dans le Nil, le blé est enfoui dans la terre avant de revivre dans les terres libérées par la décrue du fleuve.

Mort et résurrection: Chez les grecs et les romains, les prêtres répandaient du blé ou de la farine sur la tête des victimes avant de les immoler.

Une question se pose alors. Pourquoi et en vertu de quoi, quelques multinationales toutes puissantes peuvent s'autoriser, en s'appuyant sur des traités avantageux, à breveter tout cela ?

12 000 ans de recherches, privatisées et récupérés en quelques années, de qui se fout on ?

Ces plantes ne devraient-elles pas être classées, assurément, patrimoine de l'humanité ?

Donc après tout cela... La farine, les semoules qui sont extraites du blé, se prêtent aujourd'hui à la fabrication souvent industrielle d'un nombre extraordinairement diversifié d'aliments: pains, galettes, couscous, pâtes alimentaires, biscuits, pour ne citer que les plus connus. De quoi manger nombre d'OGM !

 

 

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