Affaire du Rainbow Warrior

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 Le Rainbow Warrior de 1978.

L’affaire du Rainbow Warrior désigne le coulage du navire amiral de l’organisation écologiste Greenpeace, le Rainbow Warrior, par les services secrets français le 10 juillet 1985, ainsi que ses suites médiatiques, politiques et judiciaires. Le navire, à quai en Nouvelle-Zélande, était paré à appareiller pour l’atoll de Moruroa afin de protester contre les essais nucléaires français. L’opération de sabotage fut commanditée par le ministre de la Défense français Charles Hernu, avec l’autorisation explicite du président de la République française François Mitterrand (selon le témoignage de Pierre Lacoste, patron de la DGSE). L’opération fit un mort : Fernando Pereira, photographe, membre de l’équipage de Greenpeace.

Cet acte de violation de la souveraineté de l’État néo-zélandais fut à l’origine de tensions entre les deux pays et eut des impacts en termes de relations politiques et économiques.

Déroulement de l’opération

Atoll de Moruroa .

Selon l’ amiral Lacoste , directeur de la DGSE , l’affaire commence le 19 mars 1985 quand Patrick Careil , directeur du cabinet du ministre de la Défense Charles Hernu , est convoqué par celui-ci qui lui demande de préparer une opération contre le Rainbow Warrior , navire de l’organisation écologiste Greenpeace amarré à Auckland en Nouvelle-Zélande . Le mais du Rainbow Warrior est d’autres bateaux vers l’atoll de Moruroa pour protester contre les essais en français et le gêner dans la mesure du possible. Ou, en novembre 1984 , plusieurs rapports parviennent sur les bureaux du ministère de la Défense: Greenpeace, l’organisation écologiste se prépare à une campagne beaucoup plus virulente et Papeete et d’un agent infiltré au sein de Greenpeace agressif. De plus, les services secrets français soupçonnent Greenpeace d’être financée par des organisations «proches de l’appareil de propagande soviétique » et d’espionner leurs essais nucléaires .

Le ministre de la Défense Charles Hernu .

Cette opération est préparée par les officiers du service Action de la DGSE, après son échec lors des attentats de Beyrouth du 23 octobre 1983 , un nouveau chef, le colonel Jean-Claude Lesquer, prêt à relever le défi. En préparation de l’opération «Satanique»: l’envoi d’une équipe médicale diagnostiquant la jaunisse chez l’équipage mis en quarantaine; le versement dans le réservoir de bactéries mangeuses de carburant; une charge explosive légère pour endommager l’arbre d’hélice ou le gouvernail du Rainbow Warrior , l’obligeant à de lourdes réparations; une dysenterie accidentelle pour laisser l’équipage à terre; une charge explosive pour couler le navire, cette dernière hypothèse plus radicale que celle du pouvoir politique pour que l’activisme du guerrier arc-en-ciel . L’ Élysée donne l’aval à cette opération le 28 mai , le ministère de la Défense le 7 juillet .

Les préparatifs ont alors commencé depuis plusieurs semaines. L’agent de la DGSE Christine Cabon, alias Frédérique Bonlieu, lieutenant dans l’ armée française qui peut être contactée avec Greenpeace lors de l’ affaire de Plogoff , un infiltré du groupe de militants d’Auckland en avril-mai 1985 pour apprendre la date de l’arrivée du guerrier arc-en-ciel dans le port néo-zélandais . Trois équipes du service Action sur le terrain.

L’opération se peut le . Le matériel est transféré à un emplacement de véhicule, utilisé par deux agents pour le «faux époux Turenge» (le commandant Alain Mafart et le capitaine Dominique Prieur ) dans un canot pneumatique piloté par trois nageurs de combat. Le pilote est Gérard Royal (frère de Ségolène Royal ), les deux autres militaires sont Jean Camas et Jean-Luc Kister . Ces derniers collent à la coque du Rainbow Warrior deux mines magnétiques reliées entre elles et devant exploser à cinq minutes d’intervalle: la première de 5 kilos contre le safran est faible de puissance pour provoquer l’évacuation du navire le capitaine); la seconde de 15 kilos, près de la salle des machines, pour l’envoi par le fond. À 23 h 48 , la première explosion retentit . L’équipage quitte le navire qui prend l’eau mais le photographe néerlandais , d’origine portugaise , Fernando Pereira , descendre dans une cabine pour récupérer ses équipements photographiques. À la seconde explosion à 23 h 51 , il meurt piégé à l’intérieur.

Les «faux époux Turenge» sont facilement arrêtés par la police néo-zélandaise d’ Auckland à cause de la nécessité de louer pour les plongeurs chargés de placer les explosifs. Un concours de fait fait que, un certain nombre de cambriolages ayant un lieu sur le port, un vigile, placé là dans la surveillance, leur véhicule qui assistent aux plongeurs dans une pièce discrète. Le vigile note son numéro d’immatriculation, ce qui permet à la police de l’obtenir rapidement lors de leur enquête. Ainsi, le 12 juillet à 9 h du matin, la police néo-zélandaise les interpelle à l’aéroport d’Auckland fait appel à Toyota HiAce à l’agence de location. Les deux faux suisses Turenge »sont deux agents de la DGSE, le chef de bataillon Alain Mafart et le capitaine Dominique Maire, épouse Prieur. Restant à la disposition de la police, ils sont logés dans un hôtel mais commettent l’erreur de passer un appel téléphonique international à un numéro secret de secours de la DGSE. Méfiant, le surintendant Alan Galbraith, chef de la Direction des enquêtes criminelles, envoie deux télex, un à Londres , l’autre à Berne . La réponse arrive le 14 juillet : ces passeports sont des faux . Le jour suivant, ils sont arrêtés. La presse néo-zélandaise commence à mettre en place les services spéciaux français .

Les protagonistes sont définitivement identifiés comme étant les poseurs de bombe grâce à leurs empreintes digitales retrouvées sous le canot pneumatique qui avait servi à poser la bombe. C’est la technique de support des empreintes dans la base de l’eau (comme c’était le cas pour le dessous du cabot) elle était très peu répandue. Cependant, une équipe d’experts internationaux, qui se trouve sur place à cette époque, mit à disposition son savoir-faire, tout nouveau, et les empreintes qui marquent, quelques mois auparavant, sont restées inexploitables.

Ils sont inculpés le 23 juillet pour «meurtre, incendie volontaire et association de malfaiteurs» . Le Premier ministre néo-zélandais , David Lange , accuse des «éléments étrangers» d’avoir pris part à l’attentat, visant implicitement la France. Le 26 juillet , la justice néo-zélandaise lance un mandat d’arrêt international contre l’agent de la DGSE Christine Cabon et contre les passagers du voilier Ouvéa (les adjudants-chef Roland Verge, Gérald Andriès, Jean-Michel Barcelo et le médecin Xavier Maniguet ), qui ont fait l’ancre à Auckland la veille du sabotage puis ont été récupérés en mer par le sous-marin nucléaire Rubis après avoir coulé leur voilier.

Scandale médiatique et politique

Du côté français, Pierre Joxe , ministre de l’Intérieur , décide de lancer une enquête sur la police et organise la fuite des informations vers la presse. Ces fuites permettent à l’enquête néo-zélandaise de progresser très rapidement et d’obtenir un important scandale médiatique. Selon les participants de l’opération, le mais de Pierre Joxe pourrait être débarrassé de Charles Hernu , ministre de la Défense, alors proche de Mitterrand, et rival politique au sein du gouvernement.

Alors que Charles Hernu nie toujours toute implication de la DGSE, l’imminence de la publication de documents compromis François Mitterrand à commander le 6 août un rapport au conseiller d’État Bernard Tricot , remis le 26 août et qui blanchit la DGSE, same les Doutes du Premier ministre Laurent Fabius . Laurent Fabius fait une déclaration de presse où il nie tout implication du gouvernement. Après la révélation, le 17 septembre par les journalistes Edwy Plenel et Bertrand Le Gendre, dans le quotidien Le Monde , de l’existence d’une troisième équipe alors que la défense de la France s’appuyait sur l’impossibilité de les faux époux Turenge et les hommes de l’ Ouvéa d’avoir commis l’attentat, le scandale rebondit. Le surlendemain, le Président réclame à son Premier ministre des sanctions. Le 20 septembre , le ministre de la Défense Charles Hernu démissionne et l’Amiral Pierre Lacoste , patron de la DGSE, est limogé. Le 22 septembre , Laurent Fabius finit par admettre à la télévision que les services secrets français ont mené l’attaque du Rainbow Warrior .

Procès

Le 4 novembre 1985, Alain Mafart et Dominique Prieur comparent devant la cour d’Auckland pour les premières auditions; son plaident coupable d’ homicide involontaire. Le 22 novembre , ils sont condamnés à 10 ans de prison . Après négociation entre les États-Unis et néo-zélandais, ils sont transférés en juillet 1986 sur l’atoll de Hao en Polynésie française et au rang de 5 ème organisme étranger pour l’administration.

Le procès a été filmé malgré l’opposition des Français, puis diffusé sur une chaîne nationale à partir du . Les agents français ont été déboutés par les juridictions néo-zélandaises de leur opposition à la diffusion de la vidéo du procès.

Le , Antoine Royal déclare à la presse que son frère Gérard Royal se serait vanté d’avoir lui-même posé la bombe, ce que l’on a refusé de confirmer. Le Premier ministre néo-zélandais a exclu toute nouvelle action concernant le Rainbow Warrior compte tenu des engagements internationaux pris entre la France et la Nouvelle-Zélande .

Point de vue néo-zélandais

« Outre les infractions spécifiques créées par les instruments internationaux contre le terrorisme, la législation néo-zélandaise n’établit pas d’infraction générique dénommée « acte terroriste ». Toutefois, plusieurs actes terroristes sont considérés comme des infractions au titre de l’actuel Code pénal. C’est ainsi qu’en application de la loi sur la criminalité, ont été poursuivis deux agents responsables de l’attentat à l’explosif contre le Rainbow Warrior, la seule attaque terroriste perpétrée en Nouvelle-Zélande à ce jour.Le Gouvernement néo-zélandais est d’avis que l’« activité terroriste » devrait être considérée comme un facteur aggravant dans la détermination de la peine au titre de la loi sur la réforme des peines et de la liberté conditionnelle dont le Parlement est actuellement saisi. L’« activité terroriste » figurera également parmi les facteurs justifiant une peine d’emprisonnement d’au moins 17 ans en cas de meurtre. Le Gouvernement est également d’avis que la deuxième loi sur le terrorisme devrait reconnaître la compétence extraterritoriale pour toute infraction commise par des citoyens néo-zélandais dans la perpétration d’un acte terroriste, tel qu’il est défini dans la loi sur la répression du terrorisme.
Comme il a été déjà indiqué, les seules condamnations obtenues en Nouvelle-Zélande pour des activités terroristes avaient trait à l’attentat à l’explosif perpétré contre le Rainbow Warrior par des agents français dans le port d’Auckland le 10 juillet 1985. Deux des agents, le commandant Alain Mafart et le capitaine Dominique Prieur, ont été reconnus coupables d’homicide involontaire sur la personne d’un membre d’équipage mort lorsque le bateau a sombré et ont été condamnés à 10 ans d’emprisonnement. À la suite d’un arbitrage, les agents ont été expulsés vers l’atoll de Hao en Polynésie française, en application d’un accord conclu entre la France et la Nouvelle-Zélande. Ils ont été relâchés et sont retournés en France 18 mois plus tard. Une autre procédure d’arbitrage est arrivée à la conclusion qu’ils ont été libérés en violation de l’Accord. L’affaire a été réglée lorsque des excuses ont été présentées et un dédommagement versé à la Nouvelle-Zélande. »

Rapport Lacoste

Dans un rapport confidentiel daté du 8 avril 1986, resté secret jusqu’en juillet 2005, l’amiral Lacoste soutient que :

« C’est le 19 mars 1985 que M. Patrick Careil, directeur de cabinet de M. Charles Hernu, lui a explicitement demandé de mettre en œuvre les moyens de la DGSE pour interdire au mouvement Greenpeace de réaliser ses projets d’intervention contre la campagne des essais nucléaires français à Mururoa, à l’été 1985. »

On notera que « l’interdiction au mouvement » sur zone, Mururoa, en pleine mer aurait pu être plus périlleuse : sommation tir de canon au but dans l’étrave avant immobilisation par l’assaut des commandos marine. Très certainement le souhait initial d’une « interdiction au mouvement » du navire le Rainbow Warrior, correspond à un sabotage à quai et non à un sabordage du navire.

L’amiral Lacoste explique que l’action contre Greenpeace a été donnée, selon lui, avec l’accord du président François Mitterrand :

« Reçu en audience par le président de la République, le 15 mai à 18 heures, j’avais mis cette question au premier point de l’ordre du jour (…). J’ai demandé au Président s’il m’autorisait à mettre en œuvre le projet de neutralisation que j’avais étudié à la demande de Charles Hernu. Il m’a donné son accord en manifestant l’importance qu’il attachait aux essais nucléaires. Je ne suis pas alors entré dans un plus grand détail du projet, l’autorisation était suffisamment explicite. »

Le ministre de la Défense démissionnera notamment pour couvrir le Président. En 1985, l’amiral Pierre Lacoste a été remplacé par le général René Imbot à la tête de la DGSE.

Épilogue

Mémorial du Rainbow Warrior, à Matauri Bay
dans la région de Northland, Nouvelle-Zélande.

 

L’affaire entraîne une crise dans les relations entre la France et la Nouvelle-Zélande. La France ayant abrogé en 1974 sa déclaration de juridiction obligatoire de la Cour internationale de justice, l’affaire n’est pas traitée par celle-ci. Les deux parties font appel au secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (à ce moment Javier Pérez de Cuéllar) en lui demandant de rendre une décision contraignante pour les deux parties, ce qu’il fait en juillet 1986.
L’affaire entraîne une crise dans les relations entre la France et la Nouvelle-Zélande. La France ayant abrogé en 1974 sa déclaration de juridiction obligatoire de la Cour internationale de justice, l’affaire n’est pas traitée par celle-ci. Les deux parties font appel au secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (à ce moment Javier Pérez de Cuéllar) en lui demandant de rendre une décision contraignante pour les deux parties, ce qu’il fait en juillet 1986.

La décision accorde une double réparation à la Nouvelle-Zélande : d’abord, une satisfaction sous la forme d’excuses officielles de la France, ensuite, une réparation de sept millions de dollars de dommages et intérêts. Le 9 juillet, trois accords sous forme d’échanges de lettres sont signés pour régler le problème. Conformément à ces accords, les deux agents français sont transférés sur l’île d’Hao en Polynésie française avec interdiction de revenir en métropole pendant trois ans. Mais le 14 décembre 1987, le chef de bataillon Mafart est rapatrié pour raisons médicales, suivi le 6 mai 1988 du capitaine Maire, son père mourant. La Nouvelle-Zélande porte alors l’affaire devant un tribunal arbitral. Les relations entre les deux pays resteront tendues de nombreuses années. En 1987, la France versera 8,16 millions de dollars d’indemnités à Greenpeace.

La France avait notamment tenté de faire pression sur la Nouvelle-Zélande en mettant en jeu le commerce de celle-ci avec l’Union européenne. Les autorités françaises l’ont nié, mais Geoffrey Palmer, qui a participé à l’époque aux négociations en tant que vice-Premier ministre néo-zélandais, le confirme dans un article de 2012 : « La France menaçait de remettre en question les exportations de la Nouvelle-Zélande en Europe. » Celui-ci dévoile aussi dans cet article que « la plupart des éléments de la décision contraignante [du secrétaire général des Nations unies] avaient été secrètement négociés entre la Nouvelle-Zélande et la France en Suisse. »

Ainsi, la décision contraignante du 6 juillet 1986 prononcée par secrétaire général des Nations unies30 comprenait une section « Enjeux commerciaux » (Trade issues), où il était notamment précisé que la France ne devait pas « prendre de mesures qui pourraient porter atteinte à l’exécution de l’accord entre la Nouvelle-Zélande et la Communauté économique européenne sur le commerce des viandes de mouton, d’agneau et de chèvre, entré en vigueur le 20 octobre 1980 (tel que complété par l’échange de lettres du 12 juillet 1984)».

L’ironie de l’affaire est que les radios de l’été 1985 diffusaient Chasin’ Rainbows de Conway Twitty.

À la suite de l’échec de cette affaire, est mise en place la « cellule Alpha », une entité chargée d’éliminer des personnes et qui fonctionne de manière clandestine au sein même du service Action la DGSE (ex-SDECE).

Retraité de l’armée française le 30 décembre 1994 avec le grade de colonel, Mafart est devenu photographe animalier. Colonel de réserve en 2008, Prieur a été directrice des ressources humaines par intérim (8 mois) de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris sous le nom de Maire, son nom de jeune fille.

Le 6 septembre 2015, le colonel Jean-Luc Kister, l’homme ayant dirigé les nageurs de combat qui ont posé les charges explosives sur le bateau accorde un entretien à Mediapart et à la Television New Zealand pour notamment exprimer ses « profonds regrets et [ses] excuses ».

Aujourd’hui, l’épave du Rainbow Warrior repose au large de Matauri Bay (en) où elle a été déplacée et est devenue un site apprécié par les plongeurs.

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